Est-ce qu’on est responsable de son progrès vocal ?
Beaucoup de chanteurs passent des années à aller voir le même professeur sans jamais vraiment voir de résultats - parfois, tout le contraire ! Pourquoi, alors, continuent-ils d’aller voir, et de payer ces professeurs ? Est-ce que les profs font exprès ? Est-ce qu’ils sont incompétents ? Est-ce la faute de l’élève ? Qui est vraiment responsable du progrès vocal d’un chanteur ? Je vais essayer de répondre à ces questions dans cet article.
Tout d’abord, je vais vous raconter une histoire :
Dans les années 90 j’avais décroché un nouveau prof de chant - j’étais extrêmement impatient d’avoir mon premier cours avec lui parce qu’il était renommé au niveau national - chanteur professionnel à l’opéra - donc, évidemment, pas n’importe qui ! Le jour du premier cours est venu et je me suis présenté chez-lui. Nous avons passé tout le premier cours à parler de la respiration… bon, c’était assez ennuyeux mais je me suis dit qu’il savait ce qu’il faisait - d’après tout, c’était lui le professionnel et moi je n’étais qu’un piètre débutant de quelques années d’expérience. Néanmoins, je suis sorti de mon premier cours et tout ce qui avait changé chez moi était le poids de mon portefeuille.
Au cours des mois qui ont suivi, on a fait des exercices et des vocalises à partir de plusieurs livres qu’il m’a fait acheter mais je ne sentais pas vraiment de progrès - au contraire j’avais l’impression que le chant devenait de plus en plus dur ! Cependant, je n’ai rien dit (“c’est lui qui s’y connaît, tu dois être patient…”). Au bout d’un an d’études avec ce professeur, j’avais perdu presque une octave de ma tessiture, je poussais tellement pour atteindre les aigus que j’étais persuadé d’être baryton et non pas ténor, j’avais tout le temps mal à la gorge, je me fatiguais vite et je me posais tellement de questions sur la respiration que je n’osais presque plus chanter une seule note ! Cette situation ne s’est pas améliorée et pourtant je n’ai jamais osé poser de question à ce prof, ni aux autres qui sont venus le remplacer lorsque j’ai dû déménager.
Bon, des années plus tard j’ai fait la connaissance d’un prof américain qui m’a changé la vie en une heure en chamboulant tout ce que je pensais savoir sur le chant et en transformant ma voix avec des exercices qu’il me donnait après avoir écouté ce que faisait ma voix - j’étais enfin content de ma voix et sûr de mes capacités.
L’histoire s’est bien terminé pour moi, mais honnêtement je pense que si je n’avais pas eu la chance de trouver ce prof américain, à un moment donné, j’aurai arrêté le chant définitivement et je ne vivrais pas les belles expériences que je vis aujourd’hui. Alors, pourquoi est-ce que j’ai laissé un parfait étranger détruire ma voix à petit feu ?
La réponse est simple - la responsabilité.
En tant que chanteur-élève devant ce grand homme de la scène, je me croyais le seul responsable de ma progression (ou plutôt de mon manque de progrès !) - il était inconcevable pour moi qu’un chanteur sachant aussi bien chanter, avec une telle réputation, et un travail à plein temps dans un Opéra prestigieux puisse avoir tort - si ses exercices ne fonctionnaient pas, ça venait forcément de moi ! J’ai fait l’erreur de choisir mon prof par ses qualifications et ses réussites plutôt que par sa pédagogie - une erreur que nous commettons tous, plus ou moins.
Posez-vous la question suivante : Si vous tombez malade et on vous donne un médicament, qui n’est pas le bon - est-ce de votre faute ou la faute du médecin ?
Souvent les professeurs se reposent sur la réussite d’un ou deux élèves (comme le faisaient certainement leurs propres professeurs dans le temps) et se disent que si les autres n’avancent pas, c’est qu’ils manquent de talent. C’est un mensonge que l’on fini par gober et on y croit, nous aussi - tout en continuant de payer chaque semaine sans avancer. Tout cela ne veut pas forcément dire que les profs font exprès de vous malmener - souvent ils ne font que répéter les mêmes sottises qu’on leur a enseigné dans le temps et ils croient sincèrement que c’est la vérité.
Quand vous choisissez un professeur, regardez ses élèves - demandez à entendre des enregistrements de ses élèves ou mieux encore de les voir en concert (certains profs organisent des concerts ou leurs élèves ont la possibilité de se produire devant un public) - s’ils ne savent pas tous chanter un minimum - barrez-vous en courant !
Même si vous avez trouvé un prof qui arrive à faire bien chanter tous ses élèves, vous vous devez d’évaluer vos progrès régulièrement. Si vous faites assidument tous les exercices que le prof vous demande, mais que vous ne progressez pas changez de professeur aussi rapidement que possible ! Si vous restez - vous risquez au mieux de perdre votre temps, au pire - votre voix.
Alors - est-on responsable de son propre progrès vocal - oui, mais uniquement dans la mesure ou on se doit de choisir un excellent prof (et non pas le plus connu, réputé ou - pire encore - le moins cher). Une fois qu’on a fait son choix, la responsabilité passe fermement dans le camp du professeur.
février 1st, 2008 at 19:13
Bien dit. Je partage totalement cette conception de la responsabilité du formateur, de la pédagogie en un mot.
J’ai parfois l’impression que l’enseignement du chant ou de la musique est un dogme qui interdit à l’élève de connaître ses propres capacités. Les exemples sont trop nombreux de ces cours de violon dont les élèves sortent, après une année, avec plein d’inhibitions… et zéro progrès ! Je suis personnellement passé par là au conservatoire, donc je suis bien placé pour en parler.
Ces arts qui sont présentés comme hermétiques, rébarbatifs et très difficiles d’accès par une “élite” jalouse de ses privilèges sont en réalité assez faciles à apprendre, car très humains par définition. La virtuosité, c’est un autre problème. Avez-vous déjà entendu cette simple phrase dans la bouche de votre professeur ? Non ? Alors posez-vous des questions.
Allan rules ! Wright is right !
Bertrand
décembre 15th, 2008 at 10:26
Bonjour à tous,
J’approuve absolument. Je viens de changer de prof de chant cette année et c’est le jour et la nuit. Celui-ci enseigne moins de technique mais propose des chants plus agréables à chanter. D’où une plus grande motivation de l’élève.
Votre article ne s’applique pas uniquement au chant. Il est également valable pour les instrumentistes qui se déclinent en ” J’ai appris la musique” et “Je joue d’oreille sans connaissance musicale”.
Lesquels sont les meilleurs ?
Je fais partie de la première déclinaison, mais je me dirige vers la seconde car je trouve que ceux qui jouent d’oreille transmettent davantage l’expression musicale.
J’entraîne depuis peu un ami claviériste débutant qui a ses connaissances de bases musicales et qui a fait un an de piano.
A l’écoute, c’est une vraie catastrophe.
Pour jouer, il a besoin de lire ses partitions plus que simplifiées, et de ce fait, il joue hors mesure et ajoute régulièrement des temps aux mesures afin de lui permettre de décider la position de ses doigts sur le clavier.
Il va sans dire que les changements d’accords ne se font jamais sur les bonnes notes. Visiblement, il n’a pas acquis la lecture anticipative.
Je lui demande donc : Pourquoi n’apprend-tu pas à chanter tes morceaux et à laisser tes doigts jouer ce que tu chantes ? Pour peu que tu prêtes attention à la basse, tu seras dans le rythme.
bravo pour vos articles, jean Leroy
décembre 15th, 2008 at 13:58
J’ai aussi dû arrêté les cours de chant pour des raisons diverses et variées au bout de 10 ans.
Mais s’il n’y avait pas eu cet incident je crois que je la respecterai toujours autant.
Cela dit avec du recul, je m’aperçois qu’en effet je ne progressais pas tellement vite.
En tout cas les exercices étaient très répétitifs, toujours le même genre de gammes, de voyelles…
Donc oui, je pense que des gammes répétées pour s’échauffer la voix, et les mêmes pour tous les élèves, c’est pas très original, et pas très concrets pour travailler la voix.
Surtout qu’en donnant des cours moi-même je me suis aperçue que ce n’était pas assez.
Heureusement que j’avais aussi pris des cours ailleurs.
Et c’est là que je me demandais quand je prenais des cours de chant classique, si c’était l’une ou l’autre qui me faisait avancer. Et qui avait raison?
Quand on prend des cours avec deux personnes à la fois, ça devient compliqué.
Surtout que les exercices avec l’autre prof jazz, n’avait rien à voir…
Et puis pratiquant l’impro, je n’ai jamais compris même en classique l’intérêt de ne faire que des gammes majeures tout le temps, ou des débuts de gammes majeures et d’arpèges pour s’échauffer la voix.
Tant qu’à faire des gammes j’aurais bien voulu en faire des mineures en tout genres, des modes…
Ce que j’ai fais par moi-même d’ailleurs en arrêtant d’aller la voir.
Ceci dit je ne considère plus ça maintenant comme le travail technique de la voix.
Certes répéter pendant 10 ans les gammes majeures, et puis apprendre pleins de morceaux classique, ça forme un peu mais pas sur le plan technique.
Alors forcément, comme je dois avoir des facilités à la base, ben je m’en tirais pas trop mal.
Mais au bout d’un moment, ce n’est pas assez, c’est pamal, mais pas du tout mon but!
Et puis quand on nous fait croire que c’est ça apprendre à chanter, je me dis que c’est pas terrible, ça ne donne pas envie du tout.
Mais la technique d’Allan, est très détaillée, et aussi ludique en même temps.
Apprendre à faire bouger des éléments du larynx, c’est passionant.
C’est comme quand on est petit et qu’on apprend à marcher!!!
Parce que quand on entend déjà des gammes, et qu’en plus il faut les chanter à chaque cours, c’est très ennuyant à la fin…
Et puis appuies sur ton soutien, c’est pas non plus assez.
C’est très simpliste comme approche!
Au bout du compte je suis assez déçue de ça.
Mais c’est comme ça.
En arrêtant, je pense que c’était le meilleur choix maintenant, même si j’ai pamal hésité car j’avais la possibilité d’obtenir un p’tit diplôme.
Enfin
Bon chant à tout le monde
novembre 8th, 2009 at 00:27
Bonsoir,
je suis vraiment désolée de déterrer d’ancien article, mais il le fallait. Je vous expose le problème, je suis relativement jeune, dix-sept ans et, j’ai toujours chanté, mais pour m’amuser. Seulement, depuis quelque temps, je songe à passer des Casting pour évaluer l’étendue de mon talent. Néanmoins, les avis de ma famille divergent … Ma mère me dit que j’ai nue belle voix, mais qu’il faut la travailler tandis que d’autres disent que ma voix n’est pas terrible. J’en viens à ma question, pensez vous qu’en travaillant une voix on peut l’améliorer et espérer un bon niveau ?
Merci à vous.
Allan répond : oui - en travaillant on s’améliore ! Prenez des cours - les castings seront toujours là une fois que vous saurez de quoi vous êtes réellement capable.