Archive for the ‘Elèves’ Category

La voix de tête - qu’est que c’est ? Comment la renforcer ?

Lundi, juin 23rd, 2008

On parle souvent de la voix de tête, ou bien la voix de poitrine, ou encore de voix mixte… et souvent les mêmes appellations sont utilisées différemment chez différentes personnes - alors comment est-ce qu’on est censé se retrouver la-dedans en tant que chanteur ?Je vais vous expliquer ma façon d’utiliser ces termes, qui est basée sur mes recherches dans la phonologie pour le chant et l’anatomie vocale, mais ne soyez pas surpris si ça diverge par rapport aux autres théories que vous aurez certainement entendues - tout ce que je peux dire c’est que ma théorie est anatomiquement solide, donc pour moi elle tient la route et donne des résultats (ce qui est le plus important !) Pour moi, lorsqu’on parle de voix de tête ou de poitrine, on parle plutôt d’une résonance particulière - autrement dit, on décrit tout simplement l’endroit ou le chanteur ressent le placement de voix lorsqu’il chante. En règle générale, les aigus vont se ressentir dans la tête (et les fosses nasales) et les graves dans la bouche et la poitrine - d’où les appellations courantes de ‘voix de tête’ et ‘voix de poitrine’.Ceci dit, ces appellations viennent du classique où on cherche à maintenir un son homogène sur toute la tessiture, ce qui n’est pas forcément adapté à toute la musique moderne. Au lieu de parler de résonance et voix comme s’il s’agissait de faits anatomiques, il vaut mieux se tourner vers notre ami le larynx pour y trouver les réponses.En fait, l’endroit où le chanteur ressent la résonance n’a presque rien à voir avec ce qui se passe dans le larynx - il est tout à fait possible de faire ses aigus en ‘voix de tête’ (c’est à dire en ressentant la résonance dans la tête) et se faire mal parce que les cordes vocales ne sont pas correctement configurées. Si on veut enseigner un chant modulable, qui s’applique à plusieurs styles (le lyrique compris) sans courir de danger pour la voix, on doit forcément savoir quelle configuration des cordes vocales il convient d’utiliser pour chanter dans chaque partie de sa tessiture.Le larynx contient les cordes vocales (ou plis vocaux, comme on devrait plus correctement les appeler) et ce sont ces cordes qui créent le son lorsqu’on chante (et lorsqu’on parle aussi !) - ce sont donc les acteurs les plus importants dans la phonation pour le chant. Les cordes ont plusieurs configurations qui nous servent lorsqu’on chante (aussi appelées des mécanismes), ce sont :

  1.  La friture : Les cordes sont très détendues et vibrent de façon chaotique. Le son ressemble un peu à une porte qui grince ou bien un léger grésillement. La friture est parfois utilisée en début de note pour une attaque assez ‘pop’ (penser : Britney Spears qui chante ‘oh baby baby’) ou bien dans des registres très graves tels que le Death Metal.
  2. Les cordes épaisses : Les cordes vocales sont légèrement tendues, mais restent épaisses et courtes. Cette configuration est aussi appelé couramment ‘le mécanisme lourd’ - c’est la configuration qu’utilisent la plupart des hommes pour parler.
  3. Les cordes fines : Les cordes vocales sont plus tendues et plus longues car le cartilage thyroïde bascule en avant, tirant ainsi les cordes vers l’avant - comme elles sont plus tendues, elles sont forcément aussi plus fines (comme un élastique que l’on étire). Cette configuration rend l’accès aux aigus extrêmement facile. Aussi appelé le mécanisme léger.
  4. Les cordes rigides : Les cordes vocales se figent et s’ouvrent un peu pour laisser passer un filet d’air, les couches supérieures des cordes vibrent, alors que le reste ne bouge pas. Aussi appelé le falsetto. Cette configuration donne un son léger, aéré et détimbré.
  5. Le siflet : Le sifflet est une version extrême des cordes rigides. On ’siffle’ un peu d’air à travers des cordes tendues. Cette configuration est utilisée pour chanter des notes extrêmement aiguës (à la Mariah Carey). Il est dangéreux d’essayer d’apprendre ce registre tout seul - il faut être encadré par un prof compétent !

Ainsi, n’importe quelle configuration peut être chantée en plaçant la résonance dans la tête ou dans la poitrine, c’est pourquoi je préfère enseigner les configurations pour m’assurer qu’on attaque chaque note avec un maximum de facilité et aisance. Si on se fie à l’approche ‘résonance’ on peut très bien essayer de chanter son contre-ut avec les cordes épaisses, tout simplement parce qu’on ressent la résonance dans la tête donc on se dit qu’on est en voix de tête - très dangéreux ! Mais si on apprend à distinguer les configurations des cordes vocales, on ne peut jamais se tromper.Alors, pour mieux voir nos aigus il nous faut voir la configuration cordes fines, car c’est celle-ci qui nous donnera un accès léger et aisé à la partie aiguë de notre voix - certes, la son sera plus léger que l’approche ‘je force comme un malade pour que les cordes épaisses résonnent jusqu’à en haut’ - mais on aura des notes faciles et fiables que l’on pourra, par la suite, déguiser avec des astuces de voix mixte pour avoir la même puissance et même plus de timbre que quelqu’un qui a appris qu’il fallait forcer pour les aigus - et le tout sans faire aucun effort. Elle n’est pas belle, la vie ?…!Visionnez, donc, le clip qui vous donnera des exercices pour mieux sentir et travailler votre configuration cordes fines et la prochaine fois on verra les ébauches de cette mystérieuse voix mixte. Chantez bien et à bientôt ! Allan  

La respiration dans le chant

Jeudi, mai 15th, 2008

Apprendre à respirer… ?
On me pose souvent la question suivante - ‘comment est-ce que je peux apprendre à respirer’…. erm, excuse-moi ? Apprendre à respirer ?

Avant de partir dans mes opinions sur la respiration pour le chant, je vais vous dire ce que je dis à chacun des mes élèves qui me pose cette question - tu sais déjà respirer, autrement tu aurais déjà eu de gros soucis.

Contrairement à ce que disent beaucoup de profs de chant, on ne respire pas différemment pour le chant, les poumons se remplissent automatiquement (essayes de te les vider… impossible, hein ? Et même si tu penses y être parvenu, qu’est-ce que se passe si tu lâches la tension ? De l’air rentre - pourquoi ? Parce que le diaphragme ne peut être contrôlé - il réagit instinctivement et automatiquement. Je répète, il est anatomiquement impossible de contrôler son diaphragme. On ne peut ni le sentir (il n’y a pas de nerf dedans) ni le contrôler.

Ensuite, il faut savoir que la respiration n’est qu’une partie du chant, il y a aussi des tas d’autres choses qui rentrent en compte - l’accolement des cordes vocales, le positionnement du larynx, la détente musculaire dans certains endroits et la tension musculaire dans d’autres… enfin la liste est très longue ! Tout ça nous montre que toute formation vocale qui mettrait une importance primordiale sur la respiration est du moins déséquilibrée, si ce n’est dangereuse.

Donc, est-ce que je pense qu’on peut faire n’importe quoi au niveau de l’air lorsqu’on chante - non. Pas du tout. C’est juste que les termes utilisés sont souvent trompeurs et causent beaucoup de problèmes (je récupère souvent des élèves avec des années de formation classique derrière eux qui sont incapable de chanter mais qui ont, soi disant, une bonne technique respiratoire). Je pense qu’il faut voir les choses sous un autre angle et changer la question.

Au lieu de se demander ‘comment est-ce que je peux apprendre à respirer’ on va plutôt se demander ‘comment puis-je utiliser au mieux l’air qui est dans mes poumons lorsque je chante’ et là, ça change tout.

Le son et les ondes
Lorsqu’on chante (tout comme quand on parle, d’ailleurs) on produit des turbulences dans l’air (des bandes de haute pression séparées par des bandes de basse pression) qui transmettent le son à nos spectateurs, ensuite leur oreille décode ces turbulences (ou ondes - comme quand on laisse tomber un galet dans un étang) pour reproduire le son envoyé - c’est de l’ingénierie haut de gamme !

Lorsque les ondes sont plus rapprochées, le son est plus aigu et lorsque les ondes sont plus loin les unes des autres, le son est plus grave.

Mais, si le galet commence les ondes dans l’étang, quelque chose dans notre corps doit bien commencer les ondes dans l’air, non ? Quelque chose doit osciller assez rapidement pour perturber l’air et causer des vibrations. Si on pince une corde de guitare, on la voit vibrer - ce mouvement de va-et-vient comprime l’air à côté de la corde et l’entraîne loin de l’air qui l’entourait avant, et ce processus se répète en cycles - comprimer, entraîner, comprimer, entraîner… c’est ça qui provoque les ondes dans l’air.

Mais comment tout ça fonctionne dans la voix humaine ?

Si la corde de guitare cause des turbulences en se frottant contre l’air, la voix humaine les provoque en créant de la pression d’air et en la lâchant petit à petit.

Si on imagine ses poumons en tant que deux chambres à air qui peuvent être mises sous tension grâce aux muscles de l’abdomen, on n’est pas loin de la vérité. Tout en haut de ce système est une valve ou un obturateur qui peut être réglé pour lâcher de l’air progressivement dans une série de toutes petites explosions.

Cette valve est créée en accolant les cordes vocales, ce qui ferme hermétiquement la chambre à air et en contrôle, de façon très précise, la sortie de l’air. Ce sont les petites explosions d’air qui créent les ondes pour la voix humaine.

Plus les cordes sont accolées et tendues, plus les explosions sont fréquentes et comme on a déjà vu, plus les explosions sont rapides, plus les ondes sont rapprochées et plus la note sonne aiguë.

Evidemment, c’est un schéma très simplifié de la voix humaine, mais ça suffit pour comprendre que la façon dont on respire n’a rien à voir avec le son qui sort de notre bouche. D’ailleurs, dès la naissance, même avant de savoir parler, on poussait tous des cris (parfois très aigus), sans se faire mal et sans un seul cours de technique respiratoire ! - c’est naturel.

Ce qui contrôle l’air est donc le larynx et les cordes vocales. Les muscles de l’abdomen ont un rôle à jouer pour mettre l’air sous tension derrière les cordes vocales, mais si les cordes sont correctement accolées, ce phénomène se fait naturellement.

C’est pourquoi, il faut d’abord s’assurer que le larynx est en bon état de fonctionnement (ni trop haut ni trop bas et qu’il ne bouge pas trop lorsqu’on chante) et que les cordes vocales sont correctement accolées AVANT de regarder la respiration. Le faire dans l’autre sens peut laisser passer des problèmes d’accolement des cordes vocales, ce qui reviendrait à essayer de chauffer une pièce sans avoir fermé la fenêtre d’abord - on peut mettre le chauffage à fond mais la pièce ne sera pas chauffée efficacement. Peu importe la ‘technique’ de chauffage que l’on utilise.

Une fois que j’ai réglé les problèmes de larynx et de cordes vocales, je regarde vite fait l’appui respiratoire - et MIRACLE - souvent il est parfait, le corps sachant comment respirer et comment utiliser l’air pour faire un son - il n’a que très rarement besoin d’apprendre. Je règle la respiration UNIQUEMENT si l’estomac ne sort pas lorsqu’on inspire et ne rentre pas lorsqu’on expire - ce qui est assez rare.

Donc tous les grands chanteurs ont une bonne technique respiratoire - oui, mais la bonne respiration est le produit d’une bonne technique vocale et non pas l’inverse comme le soutiennent beaucoup.

Vérifier sa respiration
Voici quelques exercices pour voir si votre respiration tient la route pour faire des sons (qu’ils soient chantés ou non) :

Allongez vous par terre et mettez un livre sur votre ventre - lorsque vous inspirez le livre doit monter, lorsque vous expirez il doit descendre.

Mettez-vous à quatre pattes et inspirez doucement - vous sentirez descendre votre estomac, lorsque vous inspirez il devrait monter.

Si vous arrivez à faire ces deux exercices, félicitations - votre respiration est parfaite pour chanter. C’est marrant - ça n’a pas pris des années d’enseignement pour l’apprendre…

Dans un prochain article on verra comment mettre un appui abdominal pour soutenir l’air dans la trachée (vous remarquerez que je n’ai pas dit pour soutenir la note… je n’aime pas dire ça parce que les gens pensent que si l’air soutient la note, ils doivent en envoyer plus lorsqu’ils montent plus haut - FAUX. L’air reste à une pression homogène pendant tout l’acte de chanter - ce sont des micro-changements dans les cordes vocales qui changent la hauteur de la note) - vous serez peut-être tout aussi étonnés de voir qu’une fois le larynx réglé, l’appui est souvent là de façon naturelle aussi. On dirait que vous êtes nés pour ça !

A une prochaine fois !

Quand est-il trop tard pour commencer à apprendre la musique ? Les élèves adultes dans la musique en France.

Dimanche, mars 23rd, 2008

J’entends souvent les gens dire, j’aurais aimé apprendre à chanter / jouer d’un instrument, mais il est trop tard.
STOP! Il est temps que les français arrêtent de croire qu’on n’a pas le droit de changer de vie une fois les 18 ans passés, ou que l’apprentissage est quelque chose qui arrive uniquement aux jeunes…

Il existe beaucoup d’études qui montrent que les adultes apprennent au moins assez bien que les enfants, et parfois mieux (faites des recherches google sur l’éducation / l’apprentissage chez les adultes - vous serez surpris !) Si c’est vrai dans des domaines tels que la science, les langues vivantes, la technologie - alors pourquoi pas la musique ? Vient se rajouter à ses études, mon expérience personnelle. J’ai enseigné la musique à plus de 200 adultes et un nombre semblable d’enfants (entre 10 et 18 ans) - systématiquement les adultes avançaient aussi vite, si ce n’était plus vite, que les enfants. Pourquoi? Parce qu’ils sont souvent plus motivés, ils ont vraiment envie d’apprendre alors que souvent chez les enfants ce sont les parents qui poussent l’enfant à apprendre, ce qui fait que l’enfant ne travaille pas entre les cours et n’avance pas. Même les enfants qui veulent vraiment apprendre avancent moins vite qu’un adulte motivé parce qu’ils ont du mal à se concentrer sur les exercices pratiques pendant longtemps et manquent d’obsession pour leur passion.

Est-ce que les enfants ont un avantage quelconque sur les adultes alors ? Oui - le temps libre. Un enfant a, évidemment, beaucoup moins de distractions quotidiennes qu’un adulte et peut, donc, en théorie, trouver le temps de travailler plus facilement. De plus, les enfants sont beaucoup moins timides que les adultes en ce qui concerne leur progrès et talent naturel - un enfant se moque de jouer / chanter un morceau sans qu’il soit absolument parfait - chaque adulte a envie d’avoir le même niveau que leurs chanteurs pros préférés, “si ce n’est pas aussi bien que Maria Callas / Mariah Carey - c’est que je suis nul”. Ils s’attendent, à tort, que la musique qu’ils produisent - souvent au bout de quelques semaines de travail - les émeuve autant que leurs enregistrements préférés de la même musique.

Alors, quelle solution pour un adulte qui veut apprendre ? Voici quelques consignes pour vous aider à franchir le pas :

  • Trouver le temps de travailler entre les cours : même un peu, tous les jours - peu et régulier (genre 10 minutes par jour) est plus efficace que trois heures le samedi ou juste avant d’aller en cours.
  • Acceptez d’être moins que parfait
  • Devenez un peu enfantin
  • Mesurez vos progrès : Plutôt que d’énumérer les choses que l’on ne sait pas encore faire, soyons ravi de ce qu’on a appris depuis la dernière fois, aussi peu important que cela puisse paraître, car ça nous avance petit à petit vers notre objectif.

En tant que prof, je suis toujours ravi lorsqu’un adulte m’appelle pour me demander s’il / elle peut commencer à apprendre le chant - le plus âgé de mes élèves actuels à 70 ans, vient de débuter et progresse vraiment bien.

On a beau le dire, il faut maintenant le mettre en pratique IL N’A VRAIMENT PAS D’AGE !


Comment passer de la voix de poitrine à la voix de tête sans accrocs ?

Dimanche, mars 9th, 2008

Beaucoup d’entre vous m’ont dit que vous aviez du mal à passer entre la voix de poitrine et la voix de tête - vous disiez que le passage s’entendait, que la voix changeait notablement, que vous forciez, que vous aviez mal après…

Et bien, tout ça est normal ! La voix de poitrine est votre mécanisme habituel - vous parlez avec toute la journée, or il est normal que ce registre vous soit plus accessible que celui de la voix de tête - dont on a rarement l’usage en dehors du chant !

Ceci dit - il n’est pas normal d’entendre de changement notable dans la voix (évidemment la voix de poitrine et la voix de tête sont différentes, mais on ne doit pas entendre à quel moment le changement se fait…), il n’est pas normal d’avoir mal, de devoir forcer etc.

Cet exercice vous aidera à trouver votre mécanisme léger sans tension et à y accéder sans difficultés, tout le temps. Ceci dit… il est légèrement ridicule comme exercice donc faites le tout(e) seul(e) si vous pouvez - vous le faites devant vos amis à vos risques et périls !

N’hésitez pas si vous avez des questions.

Allan


Le Défi 2

Lundi, janvier 28th, 2008

Cette semaine a été très intéressante pour le projet ‘le défi’.

J’ai dix volontaires qui sont tous vraiment différents les uns des autres, mais tous travaillent bien leurs vocalises à la maison entre les cours et - ma foi, on commence déjà à voir du progrès !

Une des difficultés les plus répandues chez eux était la rupture entre la voix pleine et la voix de tête - c’est à dire qu’ils arrivaient plus ou moins tous sur une note où ils sentaient que ça bloquait dans la gorge et la seule façon qu’ils avaient de continuer à chanter plus haut était de lâcher toute la tension et de passer en falsetto ou bien d’essayer de forcer la voix à monter en écrasant le larynx avec les muscles digastriques - je leur ai donné des vocalises conçues sur mesure pour chacun et, en quelques semaines, ils arrivent tous à passer de la voix pleine à la voix de tête sans trop de difficulté et sans tension dans la gorge. Maintenant, il faut commencer à travailler la voix de tête pour la rendre plus forte chez certains, et chez d’autres il convient de faire travailler les passages un peu plus avant d’avancer plus loin. Mais tous m’ont épaté !

BRAVO TOUT LE MONDE ! CONTINUEZ COMME CA !

Si vous vous reconnaissez là-dedans en tant que lecteur et ça vous intéresse des vocalises pour gommer ce problème, n’hésitez pas à laisser des commentaires à cet effet, ou même de m’envoyer un mail.

Echauffement vocal complet

Vendredi, janvier 25th, 2008

Et bien, mon dernier article a suscité un tel intérêt que je suis resté très surpris ! Apparemment vous êtes plusieurs à avoir cherché de telles informations sans trouver depuis un moment. J’ai eu beaucoup de mails me remerciant (je vous en prie !) et me demandant si je voulais bien faire la même chose pour un échauffement plus complet. Et ben, oui. Je veux bien !

Alors, l’échauffement qui suit est une version plus exhaustive de celui que j’ai écrit l’autre jour et vous permettra de détendre et échauffer votre voix de façon quotidienne en douceur. Ceci dit - ces exercices ne peuvent évidemment pas remplacer un bon prof de chant, mais si vous n’en avez pas - ou même si vous en avez un et vous voulez tout simplement un échauffement rapide et efficace pour tous les jours - les vocalises contenues dans les trois clips ci-dessous devraient faire l’affaire.

Si vous avez des questions ou vous voulez suggérer un autre thème sur lequel je pourrai éventuellement préparer un clip, n’hésitez pas à me contacter.

Chantez bien et prenez bien soin de votre voix !

Allan


Première Partie

Deuxième Partie

Troisième Partie

Le Défi

Mardi, janvier 22nd, 2008

Récemment j’ai décidé de prouver mes théories sur l’approche réactive dans le chant. J’écrirai bientôt un article à ce propos, mais en gros je crois qu’un chanteur peut progresser en un temps record si on ne corrige que ce qui ne va pas chez lui - souvent on lui fait faire des exercices dont il n’a pas besoin et on perd du temps - bref, je crois qu’en se focalisant uniquement sur les défauts présents à chaque séance, on fait progresser plus rapidement l’élève vers ses objectifs.

J’ai toujours utilisé cette approche avec mes propres élèves, mais pour essayer de la corroborer, j’ai décidé de me lancer dans un défi. J’ai trouvé dix volontaires qui ne savent pas déjà chanter, qui ont très peu, voire aucune, expérience musicale et à qui j’ai proposé 10 cours de chant gratuits. J’enregistre chaque cours et je mettrai les résultats sur ce site à la fin - entre temps, j’écrirai des petits messages toutes les semaines sur l’expérience et comment ça avance.

Est-il possible d’apprendre à chanter en 10 semaine - ça risque d’être intéressant !

Technique et style - deux éléments bien distincts du chant

Mardi, janvier 22nd, 2008

“Si vous savez chanter du classique, vous savez tout chanter !….”

On l’entend souvent, mais est-ce vrai ? Pour être franc - non. C’est un mythe qu’on entend sans cesse et qui est souvent répété par les profs de chant qui pensent soit que le classique est supérieur à tout autre genre musical, soit que le style ‘opéra’ et la technique vocale sont la même chose.

D’où vient ce mythe ? Du fait qu’on ne fait pas assez souvent la différence entre la technique vocale et le style vocal. Ce sont pourtant deux choses bien différentes. Considérez un enfant qui apprend à marcher - les mouvements de son corps sont les bases de sa marche, mais les vêtements qu’il met par dessus ne modifient pas sa façon de produire les mouvements propices à la marche. Pour faire plus vocal comme analogie - ma voix est ma voix, et la façon dont je produis les sons reste la même que je parle en français ou anglais (attention, je ne parle pas de phonétique, là - mais de production sonore - le fait de faire vibrer mon larynx pour faire un son).

Alors, en résumé :

la technique vocale ressemble tout ce qui relève de la production sonore pour le chant, par exemple - comment tenir une note, comment passer entre les registres et coordinations laryngées, comment respirer de façon dynamique (j’écrirai plus sur la respiration dans un autre article), comment vibrer etc.

Le style vocal est l’ensemble d’astuces et trucs qu’utilisent les chanteurs d’un genre donné pour que ça sonne authentique - en RnB, par exemple, on peut évoquer les ornementations rapides (les “vibes”) qui rendent ce style particulier et reconnaissable; pour le métal on peut penser à la fameuse voix ‘saturée’ qui se trouve dans ce genre.

Si on met le mauvais style sur le mauvais genre - ça ne sonne pas et un son ‘Opéra’ ne convient pas plus à un morceau Blues qu’un son ‘Blues’ à un morceau d’opéra. Ce serait comme aller dîner dans un restaurant chic habillé en maillot de bain ! Mais les chanteurs classiques (y compris moi, jusqu’à il y a quelques années) ne peuvent pas l’admettre. (Je tiens à préciser, néanmoins, que jusqu’à là, je ne suis jamais aller dîner en maillot de bain…)

La moitié de l’équation
Maintenant, il devient évident que si on essaye de nous enseigner le chant en nous enseignant un style classique - il nous manque la moitié de l’équation. Il y a deux possibles éventualités à une telle approche:

L’élève apprend le style, mais pas la technique, ce qui fait que sa voix ne durera pas longtemps et il finira par se faire mal.
L’élève arrive à apprendre la technique en dépit de l’enseignement qu’il a eu (talent ) mais fini par croire que le style classique et la technique sont la même chose et donc passe sa vie à chanter tout avec une voix classique. Au mieux, il passe pour un idiot, au pire, il devient prof de chant et force ses élèves à chanter de l’opéra qu’ils le veuillent ou pas parce qu’il propage un mensonge qu’on lui a raconté.

Cette idée qu’il faut chanter du classique est totalement faux - c’est comme si on disait aux musiciens irlandais qu’ils devait jouer du Bach pour savoir faire sonner un violon.

Alors, quelle approche adopter ?
Il faut apprendre d’abord une bonne technique vocale et ensuite, une fois les bases posées, on commence à apprendre le ou les styles qui nous plaisent - pas avant, et ce pour tous les genres musicaux.

Les gens qui me contactent pour des cours me demandent souvent ‘quelle technique enseignez-vous ? Le chant classique ?” - je leur réponds que la technique classique n’existe pas, que ce sont deux choses différentes - la technique (qui est la même pour tous les genres de chant) et le chant classique (qui est un genre musical qu’on peut chanter si on le veut une fois la technique acquise) - quelle technique j’enseigne ? C’est simple - la technique vocale ! J’ai aussi souvent des conversations du genre ‘je voudrais apprendre à chanter du rock, mais je sais que je vais devoir faire du classique pour y arriver ‘ - ‘hein?! Pourquoi? Si vous voulez chanter du rock, chantez du rock, bon sang !’

Je vois aussi des gens qui viennent pour des consultations et qui ont fait des années de classique (conservatoire supérieur - chanteurs pro etc) et qui se rendent compte que leurs voix commencent à lâcher. Qu’est qu’on fait ? On démêle la technique du style aussi vite que possible pour que ces gens puissent sauver leurs voix, et leurs carrières. On dit souvent qu’un chanteur à moins de tessiture en vieillissant - physiquement il n’y a rien qui nous empêche de bien chanter dans la même tessiture pendant toute notre vie si on a une bonne technique. Il est vrai que les femmes peuvent perdre un peu de tessiture à la ménopause, jusqu’à une tierce mineure, mais les notes sont récupérables si la technique est bonne et la mise en place fait par un expert - après tout, c’est une question d’hormones, tout comme les petits garçons lors de la mue.

Un calcul simple
Si vous apprenez la musique classique en guise de technique, au mieux vous finirez avec une voix fixe que vous ne pourrez pas appliquer à d’autres genres musicaux (et si vous voulez chanter du Céline Dion au karaoke, vous allez avoir l’air ridicule !) - au pire vous pourrez vous bousiller la voix.

Si, en revanche, vous apprenez d’abord une technique de production sonore neutre et saine, vous pourrez ensuite apprendre à ‘habiller’ votre voix de plusieurs styles différents et avoir un son convaincant dans chacun. Un vrai artiste polyvalent.

Lequel vous préférez être ?

Tout ça pour dire que la technique et la musique classique sont bien différentes et que si on essaye de vous dire autrement, on vous ment - après tout, il y avait bien des gens qui savaient chanter avant l’époque d’où nous vient la plupart de notre musique ‘classique’, non ?


Bien choisir son professeur de chant

Lundi, janvier 21st, 2008

Ce n’est pas facile de choisir son professeur de chant, mais c’est un relation tellement importante dans la vie d’un chanteur qu’il vaut mieux prendre le temps de bien choisir - après tout, il s’agit de la personne à qui vous allez confier votre outil de travail !

Pour être sûr de bien réussir son choix, suivez ce petit guide étape par étape.

1. Définissez vos objectifs

Avant de pouvoir trouver un bon prof, il faut savoir exactement ce qu’on cherche. La meilleur façon de procéder est de faire une liste de tout ce qu’on a envie de faire vocalement - pour ce faire je recommande que vous vous achetiez un cahier spécial que vous consacrerez à votre développement personnel en tant que chanteur (vous pourrez y noter tout ce qui a un rapport avec votre progrès - genre un agenda intime, mais pour le chant - je vous assure qu’en le lisant d’ici six mois / un an, vous serez étonné !), et de diviser la page en trois colonnes, en mettant les titres suivants :

a) Problèmes vocaux spécifiques

b) Développement

c) Contraintes

Dans la première colonne (problèmes vocaux), énumérez toutes les difficultés que vous avez remarquées - évidemment selon votre niveau et votre expérience, ça va changer - un débutant notera peut-être des choses telles que ‘j’ai du mal à tenir les notes aiguës’ ou encore ‘ma voix tremble quand je chante et j’ai souvent mal à la gorge’, alors que quelqu’un avec quelques années d’expérience pourra éventuellement écrire des choses comme ‘je remarque un superflu d’air à partir de mon premier passaggio’ ou ‘mon vibrato est moins naturel en voix de tête qu’en voix pleine’ - le tout c’est d’être honnête - si vous avez de gros soucis de justesse, notez-le - personne ne lira votre cahier de toutes façons.

Ensuite, dans la deuxième colonne (développement), vous allez écrire ce que vous avez envie de faire vocalement (hormis la correction des problèmes que vous avez notés dans la première colonne) - n’oubliez pas de viser haut - si vous vous croyez médiocre, vous aurez raison, alors que si vous êtes trop ambitieux, au pire des cas vous arriverez à atteindre qu’une partie de vos objectifs - c’est mieux que rien. Soyez explicite - si vous avez envie de chanter du RnB, mais vous n’avez fait que du classique jusqu’à là - notez-le (apprendre le style RnB *rappelez vous que la technique et le style ne sont pas la même chose - voir mon article Technique - vs - Style pour plus de précisions*), si vous avez envie d’apprendre plus de répertoire, notez-le (entamer le répertoire Baroque cette année / apprendre un rôle complet pour un opéra etc…). Le tout est d’être à la fois honnête et ambitieux. Un bon prof saura vous aider à atteindre vos objectifs et vous aidera à vous réorienter si l’objectif est irréalisable.

Dans la troisième colonne (contraintes) vous allez noter tout ce qu’il faut prendre en compte - cette colonne servira de liste plus tard au nouveau prof. Ici on note toutes les circonstances fixes qui jouent sur nos cours de chant - ça peut être la distance maximale que vous voulez parcourir pour aller à vos cours, le tarif horaire maximum que vous pouvez vous permettre (rappelez-vous, prendre le prof le moins cher est souvent une fausse économie - la qualité se paye) etc. Vous pouvez aussi noter ici d’éventuels contraintes musicales - dates de spectacles à venir, soirs de répétition etc., ce qui peut aider le nouveau prof à gérer votre cursus en fonction de vos besoins (par exemple - si vous souhaitez apprendre un style métal - colonne deux - mais vous avez un spectacle de variété dans trois semaines - votre prof préfèrera certainement mettre de côté le métal dans un premier temps pour mieux vous préparer pour votre spectacle).

Une fois votre liste terminé, vous devez commencer à chercher des profs qui peuvent répondre à vos besoins - par exemple, si vous avez remarqué en lisant votre liste que vous avez du mal à chanter juste mais que vous voudriez apprendre le chant acapella irlandais et que vous n’êtes libre que les dimanches après-midi, vous devez trouver un prof qui enseigne la technique de base, avec le solfège (de préférence basé sur le système de do non-fixe - voir mon article à venir sur le solfège pour les chanteurs et les systèmes autres que le do fixe), qui a de l’expérience dans l’enseignement du style irlandais acapella (pas forcément un chanteur dans ce style, mais un prof qui comprend bien le style et comment le faire) et qui est libre les dimanche après-midi… par contre si vous avez noté que vous avez beaucoup de mal à chanter des notes tenues en voix de tête, que vous avez un spectacle dans deux mois dans lequel vous avez un solo avec une note tenue super aiguë et que vous ne pouvez pas faire plus de deux km pour aller en cours - vous avez intérêt à trouver un prof qui connait le répertoire que vous chantez, qui est basé dans votre quartier et qui enseigne de façon réactive (c’est à dire qui règle d’abord les problèmes qu’il entend dans votre voix avant de faire quoi que ce soit d’autre). Donc, vous avez maintenant le portrait de votre prof parfait, il suffit maintenant de le trouver.

2. Chercher des profs

Comme les bons profs de chant ne courent pas les rues (si seulement !), vous mettrez certainement un temps à en trouver - je vous déconseille le botin, tout simplement parce que n’importe qui peut s’y mettre et les expériences et spécialités n’y sont pas énumérées - donc le botin est votre dernier recours. Voici une liste des sources, classées par ordre d’efficacité :

a) Recommandation personnalisée - rien ne vaut un bonne recommandation. Si vous avez un ami qui chante bien et qui est ravi(e) de son prof, demandez ses coordonnées - aussi si vous entendez un chanteur dont la voix vous plaît ou qui arrive à faire ce que vous avez envie de faire, n’hésitez pas à lui demander les coordonnées de son prof - c’est avant tout un compliment !

b) Sites Web Spécialisés - kelprof est un excellent exemple de ce genre de site - très fiable et les élèves peuvent laisser des évaluations donc on peut se faire un idée très claire de la qualité de l’enseignement dispensé par chaque prof.

c) Le Conservatoire - Demandez à l’accueil s’ils donnent une liste de leurs profs. S’ils ne le font pas, demandez s’ils ont un tableau où vous pouvez afficher une annonce genre ‘cherche prof de chant’ - si vous optez pour cette dernière option, soyez explicite sur vos attentes (cf votre liste !)

d) Google - Soyez spécifique. Mettez bien le style, la ville etc et évitez les annonces pour les écoles de musique - ils prennent souvent un seul prof de chant donc vous n’aurez aucun choix

e) Le botin - Si rien d’autre ne marche, essayez le botin.

3. Contacter les profs

De préférence par téléphone, mais E-mail est assez efficace aussi - je préconise le téléphone surtout parce que vous allez vouloir poser des questions à votre professeur potentiel, basées sur votre liste. Soyez explicite dans les questions - un bon prof comprendra votre démarche et sera aussi explicite dans ses réponses. Demandez ses tarifs, ses horaires et la durée qu’il suggère pour un cours à votre niveau (un débutant n’a rarement besoin de plus que 3à minutes alors qu’un chanteur confirmé aura besoin de plus - allant jusqu’à deux ou trois heures étalées sur plusieurs séances, selon les objectifs fixés). Parlez de vos objectifs et de vos contraintes et demandez au professeur s’il pense pouvoir vous aider à les atteindre. Soyez honnête sur le fait que vous allez appeler d’autres professeurs et dites au prof que vous lui téléphonerez de nouveau pour lui dire ce qu’il en est, et puis faites-le. Même si vous ne voulez pas prendre de cours avec lui, vous pourrez au moins lui expliquer pourquoi, comme ça il pourra s’améliorer si besoin est et au moins il ne sera pas en train de demander pourquoi vous n’avez jamais rappelé.

Faites la même chose pour tous les profs sur votre liste de potentiels.

4. Cours d’essai

Vous aurez certainement perdu plus que la moitié des profs sur votre liste de départ - ils étaient trop loin, ils n’avaient plus de place, ils n’avaient pas d’expérience dans le domaine qui vous intéresse, ils ne voulaient / pouvaient répondre aux questions etc. Pour ceux qui restent, il est temps de passer à l’action avec un cours d’essai. Qu’est-ce qu’un cours d’essai ? ça dépend largement du professeur, mais généralement il n’est pas payant (mais certains profs font payer le cours d’essai - ils ne sont pas mauvais pour autant, n’oubliez pas que, même si la musique est un loisir pour vous, c’est souvent le gagne-pain de votre prof). Dans un cours d ‘essai, vous pouvez vous attendre à parler de vos objectifs, à chanter pour le prof (un bon prof veut généralement dresser un bilan de votre voix et ne peut faire ça s’il ne vous entend pas chanter), à faire quelques vocalises pour compléter le bilan et découvrir la méthode du prof et à pouvoir poser des questions. A l’issue du premier cours, vous aurez certainement une idée sur le prof en question et vous saurez si vous pourrez travailler avec lui. Après le premier cours, le prof peut vouloir vous envoyer une copie de votre bilan, et donc aura besoin de vos coordonnées (personnellement j’envoie un résumé du bilan vocal dressé et un plan de travail, par email pour que l’élève puisse réfléchir chez lui).

Si vous le pouvez apporter de quoi enregistrer votre cours d’essai - ça vous aidera à vous en rappeler plus tard quand vous faites votre choix final. Certains profs enregistrent les cours pour les élèves chaque semaine, donc ne seront pas contre l’idée - moi j’enregistre chaque cours dans sa totalité et puis l’élève part avec une copie du cours en MP3 sur sa clé USB - demandez au prof potentiel s’il peut faire la même chose (de toutes manières, si on suit des cours de chant, on est obligé d’avoir un enregistrement du cours pour pouvoir travailler entre temps).

5. Faire son choix final

Vous voilà lessivé sur le canapé chez vous après une semaine fatigante de cours d’essai. Prenez le temps de réécouter vos enregistrements et comparez chaque cours à votre liste initiale de besoins (vous l’avez peut-être modifiée en cours de route - c’est bien, c’est que vous êtes vraiment en train de cerner vos propres besoins vocaux !), et faites une sélection finale. Si vous êtes dans l’heureuse position de pouvoir choisir entre deux profs parfaits - c’est à vous de faire le choix - choisissez celui dont vous préférez le papier peint, ou celui qui vous a proposé un petit gâteau avec votre café !

Il ne reste plus qu’à appeler l’heureux élu et lui annoncer la bonne nouvelle. Félicitations, vous avez maintenant un prof de chant en qui vous pouvez avoir toute confiance. Pourquoi ? Parce que vous avez su cerner vos objectifs, et vous avez trouvé un prof qui a les mêmes objectifs que vous et les compétences complémentaires à vos besoins.

Je recommande que vous refassiez l’exercice dans le cahier tous les six mois - il est étonnant à quel point nos besoins peuvent changer. Souvent on n’a pas besoin de changer de prof, mais s’il vous semble nécessaire, parlez-en à votre prof actuel avant de faire quoi que ce soit.

Listes d’attente - que faire?

Horreur ! Malheur ! Vous avez appelé votre prof préféré pour prendre RDV pour des cours et il n’a plus de place ! Que faire ? La réponse dépendra de votre situation personnelle - si vous n’êtes pas pressé, demandez si le prof a une liste d’attente - les meilleurs ont toujours une liste d’attente et des élèves potentiels sont souvent tellement désireux d’étudier avec un prof en particulier qu’ils sont prêt à passer des mois et des mois sur une liste d’attente. Si vous pensez que l’option liste d’attente ne vous convient pas, appelez le deuxième prof sur votre liste, en demandant d’être inscrit sur la liste d’attente du premier. Si une place se libère et vous avez envie de changer de prof, vous pouvez toujours le faire - si vous trouvez que finalement vous êtes bien avec le deuxième prof, vous dites tout simplement au premier que vous ne voulez pas la place.

Quelques précisions particulières pour les débutants

Il est normal qu’un prof veuille que vous veniez toutes les semaines et il est normal d’avoir un préavis à donner si vous voulez arrêter les cours. Il est aussi normal de payer si vous annulez à la dernière minute, ou si vous annulez très souvent - votre professeur gagne sa vie par la musique et ses revenus ne peuvent pas dépendre de votre calendrier social !

Ceci dit, si vous avez un prof qui annule tout le temps aussi - vous avez tout à fait le droit de changer de prof, d’après tout, c’est une question de respect mutuel.

Est-ce qu’on est responsable de son progrès vocal ?

Samedi, janvier 19th, 2008

Beaucoup de chanteurs passent des années à aller voir le même professeur sans jamais vraiment voir de résultats - parfois, tout le contraire ! Pourquoi, alors, continuent-ils d’aller voir, et de payer ces professeurs ? Est-ce que les profs font exprès ? Est-ce qu’ils sont incompétents ? Est-ce la faute de l’élève ? Qui est vraiment responsable du progrès vocal d’un chanteur ? Je vais essayer de répondre à ces questions dans cet article.

Tout d’abord, je vais vous raconter une histoire :

Dans les années 90 j’avais décroché un nouveau prof de chant - j’étais extrêmement impatient d’avoir mon premier cours avec lui parce qu’il était renommé au niveau national - chanteur professionnel à l’opéra - donc, évidemment, pas n’importe qui ! Le jour du premier cours est venu et je me suis présenté chez-lui. Nous avons passé tout le premier cours à parler de la respiration… bon, c’était assez ennuyeux mais je me suis dit qu’il savait ce qu’il faisait - d’après tout, c’était lui le professionnel et moi je n’étais qu’un piètre débutant de quelques années d’expérience. Néanmoins, je suis sorti de mon premier cours et tout ce qui avait changé chez moi était le poids de mon portefeuille.

Au cours des mois qui ont suivi, on a fait des exercices et des vocalises à partir de plusieurs livres qu’il m’a fait acheter mais je ne sentais pas vraiment de progrès - au contraire j’avais l’impression que le chant devenait de plus en plus dur ! Cependant, je n’ai rien dit (“c’est lui qui s’y connaît, tu dois être patient…”). Au bout d’un an d’études avec ce professeur, j’avais perdu presque une octave de ma tessiture, je poussais tellement pour atteindre les aigus que j’étais persuadé d’être baryton et non pas ténor, j’avais tout le temps mal à la gorge, je me fatiguais vite et je me posais tellement de questions sur la respiration que je n’osais presque plus chanter une seule note ! Cette situation ne s’est pas améliorée et pourtant je n’ai jamais osé poser de question à ce prof, ni aux autres qui sont venus le remplacer lorsque j’ai dû déménager.

Bon, des années plus tard j’ai fait la connaissance d’un prof américain qui m’a changé la vie en une heure en chamboulant tout ce que je pensais savoir sur le chant et en transformant ma voix avec des exercices qu’il me donnait après avoir écouté ce que faisait ma voix - j’étais enfin content de ma voix et sûr de mes capacités.

L’histoire s’est bien terminé pour moi, mais honnêtement je pense que si je n’avais pas eu la chance de trouver ce prof américain, à un moment donné, j’aurai arrêté le chant définitivement et je ne vivrais pas les belles expériences que je vis aujourd’hui. Alors, pourquoi est-ce que j’ai laissé un parfait étranger détruire ma voix à petit feu ?

La réponse est simple - la responsabilité.

En tant que chanteur-élève devant ce grand homme de la scène, je me croyais le seul responsable de ma progression (ou plutôt de mon manque de progrès !) - il était inconcevable pour moi qu’un chanteur sachant aussi bien chanter, avec une telle réputation, et un travail à plein temps dans un Opéra prestigieux puisse avoir tort - si ses exercices ne fonctionnaient pas, ça venait forcément de moi ! J’ai fait l’erreur de choisir mon prof par ses qualifications et ses réussites plutôt que par sa pédagogie - une erreur que nous commettons tous, plus ou moins.

Posez-vous la question suivante : Si vous tombez malade et on vous donne un médicament, qui n’est pas le bon - est-ce de votre faute ou la faute du médecin ?

Souvent les professeurs se reposent sur la réussite d’un ou deux élèves (comme le faisaient certainement leurs propres professeurs dans le temps) et se disent que si les autres n’avancent pas, c’est qu’ils manquent de talent. C’est un mensonge que l’on fini par gober et on y croit, nous aussi - tout en continuant de payer chaque semaine sans avancer. Tout cela ne veut pas forcément dire que les profs font exprès de vous malmener - souvent ils ne font que répéter les mêmes sottises qu’on leur a enseigné dans le temps et ils croient sincèrement que c’est la vérité.

Quand vous choisissez un professeur, regardez ses élèves - demandez à entendre des enregistrements de ses élèves ou mieux encore de les voir en concert (certains profs organisent des concerts ou leurs élèves ont la possibilité de se produire devant un public) - s’ils ne savent pas tous chanter un minimum - barrez-vous en courant !

Même si vous avez trouvé un prof qui arrive à faire bien chanter tous ses élèves, vous vous devez d’évaluer vos progrès régulièrement. Si vous faites assidument tous les exercices que le prof vous demande, mais que vous ne progressez pas changez de professeur aussi rapidement que possible ! Si vous restez - vous risquez au mieux de perdre votre temps, au pire - votre voix.

Alors - est-on responsable de son propre progrès vocal - oui, mais uniquement dans la mesure ou on se doit de choisir un excellent prof (et non pas le plus connu, réputé ou - pire encore - le moins cher). Une fois qu’on a fait son choix, la responsabilité passe fermement dans le camp du professeur.